Sèvres-Cité de la céramique rêve d’un nouvel écrin valorisant la création

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Sèvres-Cité de la céramique rêve d’un nouvel écrin valorisant la création

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MARTINE ROBERT

Les jardins de la manufacture accueillent l’exposition Sèvres Outdoors en partenariat avec des galeries.
Un projet de rénovation du musée, chantier de 30 millions d’euros, est envisagé à l’horizon 2015.

Sèvres Outdoors, c’est désormais une tradition l’été pour Sèvres-Cité de la céramique : cette manifestation a séduit plus de 100.000 visiteurs en 2015. Des galeries reconnues comme Loevenbruck, Templon, Almine Rech, Gagosian, Polaris, Jeanne Bucher Jaeger ont investi les jardins de la manufacture nationale avec des pièces d’artistes contemporains. L’établissement public, qui coiffe le musée et les ateliers de Sèvres, ainsi que le musée Adrien-Dubouché de Limoges, aime à marier oeuvres patrimoniales et créations actuelles. L’événement Céramix, présenté au printemps dernier à Sèvres et à La Maison Rouge (Paris), ainsi qu’au Bonnefantenmuseum (Pays-Bas), a ainsi réuni, grâce aux prêts de collectionneurs et d’institutions tels le Stedelijk d’Amsterdam, le Victoria & Albert Museum de Londres, Orsay, Pompidou, le Petit Palais, 250 oeuvres mettant en lumière les relations entre art et céramique aux XXe et XXIe siècles. « Cela a apporté un nouveau regard et un nouveau public », se félicite Romane Sarfati, directrice générale de Sèvres.

La céramique permet une liberté de formes et de couleurs qui séduit les artistes : Picasso, Miró, Dufy, Derain, Fontana, Ai Weiwei, Fabrice Hyber s’y sont essayés. Et, aujourd’hui, selon Romane Sarfati, Sèvres vend moins de services de table traditionnels qu’autrefois et davantage de pièces contemporaines en édition limitée. Pour la manufacture, ce sont chaque fois des défis plus ambitieux. Actuellement, ses artisans font le grand écart entre la réédition du pot-pourri « vaisseau » réalisé pour la Pompadour et des créations de Giuseppe Penone (destinées au Louvre Abu Dhabi), Lee Ufan, Barthélémy Toguo, Yan Pei -Ming… « Mon prédécesseur, David Caméo, avait relancé la création dans les ateliers, je veux aller plus loin et ouvrir la manufacture sur le monde », poursuit la patronne de cette maison membre du Comité Colbert.

Une grande place pour l’art contemporain

Si Sèvres a pour mission, depuis le XVIIIe siècle, de produire des objets d’art en porcelaine grâce à des techniques transmises de génération en génération, plus de la moitié de sa production est consacrée au contemporain. L’établissement abrite aussi une collection riche de 55.000 objets en céramique, que viennent découvrir 70.000 visiteurs par an. Insuffisant pour Romane Sarfati, qui rêve d’un musée à la présentation moins encyclopédique, davantage en prise avec les techniques utilisées dans les ateliers voisins et avec l’art contemporain. « La visite doit être une expérience globale et corriger par l’audace une image encore trop classique. » Le chantier est estimé autour de 30 millions d’euros et l’inauguration espérée pour 2025.« Notre environnement va changer avec l’ouverture de la Cité musicale sur l’île Seguin voisine, le réaménagement des voies sur berges, la rénovation des jardins Albert-Kahn, la future station du Grand Paris Express au pont de Sèvres… Il ne faut pas louper le coche », constate-t-elle, espérant convaincre l’Etat, les collectivités et des partenaires privés.

Le budget de la Cité de la céramique s’élève à 6 millions d’euros par an (hors masse salariale payée à 90 % par l’Etat), dont la moitié provient de subventions. Sur les 240 collaborateurs de Sèvres et de Limoges, une moitié sont des artisans, dont un quart de la production est destinée aux ministères et ambassades, les trois quarts pour le privé. Sèvres est en effet portée par le regain d’intérêt du marché de l’art. Ainsi, un vase-sculpture de Pierre Soulages réalisé dans ses ateliers a-t-il atteint 240.000 euros lors d’une vente aux enchères.

Martine Robert, Les Echos